Dimanche 19 janvier 2020

Mon Compte


Mot de passe oublié ?

S'inscrire (gratuit)
 
 

 Article suivant  Article précédent  Sur le même thème

COLLOQUE | article publié le, 03/11/08 0 réaction 


Où en est la révolution « cellules souches » ?

 
 

L´état des lieux de cette révolution avec Thierry Jaffredo, co-organisateur du colloque.

L'état des lieux de cette révolution avec Thierry Jaffredo, co-organisateur du colloque.

Les 27 et 28 novembre, se tiendra à Paris un colloque international sur les cellules souches, organisé par l'Institut de biologie intégrative. L'occasion de faire l'état des lieux de cette révolution en marche avec Thierry Jaffredo, co-organisateur du colloque.

Que sait-on déjà faire avec les cellules souches ?

Thierry Jaffredo - Directeur de recherche CNRS au Laboratoire de biologie du développement - Institut de biologie intégrative (CNRS / Université Paris-VI) :

Plein de choses ! Par définition, les cellules souches sont des cellules indifférenciées aux propriétés étonnantes : elles peuvent se multiplier à l'identique ; elles peuvent aussi se différencier en des cellules spécialisées (cellules sanguines, nerveuses, musculaires…), selon les besoins de l'organisme. Parmi elles, on distingue les « cellules souches embryonnaires » – présentes chez l'embryon –, qui peuvent donner n'importe quel tissu du corps, des « cellules souches adultes », que l'on trouve dans les tissus humains adultes, et qui ne peuvent pas donner tous les tissus mais seulement un ou quelques-uns.

On a ainsi pensé à en utiliser certaines pour régénérer des tissus lésés ou non fonctionnels ; c'est ce que l'on appelle la « thérapie cellulaire ». Depuis quarante ans, on peut en effet reconstituer l'intégralité des populations de cellules sanguines (les cellules dites hématopoïétiques comme les globules rouges, globules blancs…) à partir de cellules souches hématopoïétiques présentes dans la moelle osseuse de tous les individus adultes. Ceci permet de soigner certaines leucémies, ces cancers affectant les cellules du sang.

Autre exemple de thérapie cellulaire à base de cellules souches adultes, largement répandue à ce jour : la reconstitution de la peau chez les grands brûlés.

Culture des cellules souches.

Culture des cellules souches.

Quels sont les grands progrès réalisés récemment ?

Thierry Jaffredo : En 2006, l'équipe du Japonais Shinya Yamanaka a publié une étude révolutionnaire : les chercheurs sont parvenus, chez la souris, à identifier une combinaison de gènes permettant de transformer des cellules banales de notre corps, de la peau, des os ou autres, en cellules dotées du même pouvoir que les cellules souches embryonnaires naturelles, un pouvoir de différenciation plus important que les cellules souches adultes, et capables de régénérer tous les tissus de l'organisme, et non un seul. Confirmée par d'autres depuis, chez l'animal et l'homme, cette découverte a mis fin à un grand débat éthique qui visait à répondre à la question : « Faut-il utiliser les embryons obtenus par fécondation in vitro, conservés congelés, pour lesquels il n'y a plus de projet parental, pour disposer de cellules souches embryonnaires à visée thérapeutique ? ».

Un autre important progrès récent a consisté en l'identification de l'existence de souches tumorales, dans certains cancers comme les leucémies. Il s'agit d'un grand pas en avant, dans la mesure où ces cellules pourraient être à l'origine des cancers et de leurs récidives. Bien les distinguer des cellules souches normales pourrait permettre de mieux soigner les tumeurs.

Les espoirs pour les prochains mois ou les prochaines années ?

Thierry Jaffredo :

En recherche médicale, on espère élargir le champ des interventions de type « thérapie cellulaire » à des troubles autres que les leucémies ou les grandes brûlures. Par exemple, actuellement, plusieurs groupes dans le monde testent la greffe de cellules souches du pancréas pour traiter le diabète, de cellules souches neuronales pour contrer différentes affections neurodégénératives, comme les maladies d'Alzheimer ou de Parkinson, ou de cellules souches musculaires pour remplacer les cellules cardiaques mortes lors d'un infarctus.

Et du côté de la recherche fondamentale ?



Thierry Jaffredo :

On attend beaucoup de la poursuite des travaux sur les cellules souches embryonnaires obtenues à partir de cellules normales. À ce jour, on ne peut pas encore les utiliser en médecine, car on sait que l'introduction de cellules souches embryonnaires dans un animal peut entraîner des tumeurs ; il nous faut donc bien identifier les molécules permettant de les orienter vers des cellules spécialisées afin d'être sûrs que ce que l'on injectera au patient ne contiendra plus de cellules souches embryonnaires.

Cellule souche embryonnaire de souris.

Cellule souche embryonnaire de souris.

Les grands obstacles à lever encore ?

Thierry Jaffredo : Afin d'étendre les applications thérapeutiques des cellules souches, il nous faut auparavant relever plusieurs grands défis. Nous devons mieux maîtriser les voies de différenciation des cellules souches en cellules spécialisées, en identifiant mieux les molécules impliquées et leurs interactions chimiques.

Il nous faut aussi localiser précisément le site de production de cellules souches adultes dites mésenchymateuses, des cellules assez mystérieuses qui participent à la fabrication des os et du cartilage, ou encore mieux isoler les cellules souches adultes, sachant qu'aujourd'hui nous n'arrivons pas à les séparer entièrement des autres cellules.

Et puis il reste encore des questions sans réponse. Par exemple, pourquoi certains vertébrés ont-ils gardé un pouvoir de régénération élevé – la nageoire caudale chez le poisson, la patte chez la salamandre – alors que ces capacités sont progressivement perdues chez les mammifères et en particulier chez l'homme ? Peut-on réactiver ces capacités de régénération ? Ces questions sont fondamentales car liées au processus de différenciation et de maintien des cellules souches.



© Handicap Infos - source : CNRS - Propos recueillis par Kheira Bettayeb


 Haut de page



 
 


 Article suivant  Article précédent  Sur le même thème