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SURDITÉ | article publié le, 14/05/08 0 réaction 


Suisse romande : L’intégration des enfants sourds avec l’aide du LPC

 
 

Le LPC propose un véritable moyen d´intégration scolaire et professionnelle.

Le LPC propose un véritable moyen d'intégration scolaire et professionnelle.

Résumé
Le langage parlé complété (LPC) est un moyen de communication pour les personnes sourdes qui s'appuie sur la lecture labiale. Le LPC permet, par un codage facile à apprendre, de lever les sosies labiaux (comme «pain» et «main») et de transmettre un message oral complet et sans ambiguïté. Il est ainsi possible de délivrer dans toute langue un message dans son intégralité: sons, structure et même accents régionaux. De plus, le LPC propose un véritable moyen d'intégration scolaire et professionnelle. Le Service d'Aide à l'Intégration (SAI), géré par la fondation A Capella, est un trait d'union entre les personnes sourdes, les parents, les écoles et les codeurs-interprètes LPC. Son action a pour but une intégration harmonieuse des personnes sourdes dans la société avec comme outil principal de communication le LPC.

L’intégration

Nous voilà en face de ce mot dont tout le monde parle, spécialistes, parents, autorités scolaires: l’intégration. Derrière cette notion qui paraît naturelle se cache pourtant toute une problématique. En effet, «intégrer» ne signifie pas «tolérer», mais bel et bien «accueillir ». Accueillir avec les ressources et les moyens adéquats, «dans le respect de la différence et […] du droit à la ressemblance», comme le dit si bien Annie Boroy (1998), maman de deux enfants sourds et professionnelle de la surdité. Ce sont les parents qui, animés de cette conviction, ont été à l’origine de l’introduction du LPC en Suisse romande.

le langage LPC

Le langage LPC

Le LPC : une option de communication

L’utilisation du LPC s’inscrit clairement dans un choix des parents d’éduquer leur enfant sourd dans la langue qui est la leur: le français, l’allemand, l’anglais, etc.

Le LPC est un soutien à la parole orale; il ne se substitue nullement à cette parole. Il permet donc de transmettre à l’enfant non seulement les sons de la langue, sa structure puisque tout est rendu visible par la combinaison entre l’information labiale et le code manuel autour du visage – mais également les éléments des accents régionaux (o / au) et la prosodie (rythme de la langue).

Il est essentiel de se souvenir que le choix d’un mode de communication avec son enfant sourd doit s’accorder à la situation que vit l’enfant avec ses parents, la fratrie, l’entourage, ainsi que l’entourage préscolaire et scolaire. Et qu’il peut correspondre au choix des parents à un moment donné. En effet, si les données de la situation changent, pour de multiples raisons, il est important de se garder la souplesse d’analyser cette situation et de constater qu’une option de communication différente peut aussi être envisagée.

Il faut avoir à l’esprit que la communication avec une personne sourde peut s’inscrire dans deux modes bien distincts :

le mode oral (auditivo-oral): le support de la communication est une langue orale tels que le français, l’allemand, l’anglais, le russe, l’espagnol, etc.

le mode gestuel (visuo-gestuel): le support de la communication est une langue qui se transmet par des gestes manuels; c’est le cas de toute langue signée, avec des variations selon la communauté linguistique dans laquelle elle est pratiquée.

La lecture labiale étant un mode de réception partiel et complexe, le LPC intervient précisément ici pour compléter la réception visuelle du message oral. En effet, il permet de lever les sosies labiaux; le codage avec la main près du visage associé à la parole va permettre à l’enfant de voir ce qui n’est pas perçu par la lecture labiale, comme par exemple «pain», «bain», «main» dont les images labiales sont parfaitement identiques.

Cela signifie que l’information visuelle de la parole émise est transmise de façon complète et sans ambiguïté. On peut parler ici de mode auditivo-visuel de communication.

Quant à la compréhension du message oral, elle va dépendre d’une part des capacités de la personne sourde de décoder les mouvements des lèvres combinés au code LPC et d’autre part de son bagage linguistique. Tant pour la personne qui pratique le LPC que pour l’enfant sourd qui le réceptionne, les intérêts de l’utilisation du LPC sont multiples.


Pour la personne qui pratique le LPC :

tout peut être codé;

les parents deviennent acteurs de l’éducation de leur enfant et peuvent se libérer du sentiment d’impuissance qu’ils pourraient éprouver face à l’ampleur de la tâche.

Pour l’enfant sourd:

l’utilisation du LPC améliore la lecture labiale et l’enfant sourd ne se retrouve pas en dépendance exclusive de la personne qui code;

on se rapproche des conditions d’apprentissage du langage pour un enfant entendant, car on lui transmet d’emblée un langage construit et complet;

le LPC développant la mémoire phonologique et lui donnant accès aux structures de la langue, l’enfant sourd va pouvoir apprendre à lire en suivant les mêmes étapes que l’enfant entendant: déchiffrage et accès au sens (en relation avec son niveau linguistique en élaboration).


Un véritable projet d’intégration scolaire et sociale

L’option de communication «langue orale avec LPC» amène inévitablement les parents à souhaiter que leur enfant sourd soit intégré à l’école ordinaire. Il est cependant souvent difficile de convaincre les écoles et les professionnels de mettre à disposition de cet enfant qui arrive en milieu scolaire entendant les soutiens nécessaires. Il est alors indispensable de soutenir les familles et les écoles pour inscrire l’enfant dans un véritable projet d’intégration, d’informer, d’accompagner ceux qui accueillent un enfant sourd dans leur école, leur classe, de coordonner les interventions des codeurs-interprètes LPC, des enseignants spécialisés et des logopédistes avec les enseignants et les parents.

Les parents, très impliqués dans l’éducation de leur enfant sourd, savent aussi qu’ils ont besoin de l’appui de professionnels pour accompagner leur enfant: médecins ORL, audioprothésistes, logopédistes, enseignants et école. Ainsi se construit autour et avec ces enfants sourds et leurs parents un réseau de professionnels qui adhèrent à ce projet.

L’enfant sourd va entrer dans un projet d’intégration sociale et scolaire en milieu entendant. Pour que cela soit possible, il devra développer sa communication orale puis entrer dans le monde de l’écrit, véritables portes d’entrée aux acquisitions scolaires, au monde de la connaissance. Il aura besoin d’un soutien quotidien au niveau de la communication orale en famille et au niveau du travail scolaire, d’un travail logopédique intensif et régulier, d’enseignants et d’une direction scolaire qui adhèrent au projet audacieux d’intégrer un enfant sourd avec un déficit langagier (articulation, parole, construction du langage) dans une classe ordinaire.


L

L'implant cochléaire

Les professionnels impliqués

Les médecins et audioprothésistes qui soutiennent cette démarche sont des piliers importants dans la confiance qu’ils renvoient aux parents et à l’enfant à chaque rendez-vous.

Les enseignants qui accueillent un enfant sourd dans leur classe font parfois le grand saut de se mettre à apprendre à coder le LPC et à l’utiliser en classe. D’autres seront particulièrement attentifs à permettre à l’enfant sourd de suivre aussi bien que possible l’enseignement en classe. Et les parents, l’enseignant spécialisé, ainsi que le logopédiste, sont prêts à passer de nombreuses heures de travail avec l’enfant pour réviser le travail, combler les lacunes, parfois aussi anticiper une leçon pour en faciliter l’accès.

Les logopédistes entament un travail d’étroite collaboration avec les parents qui sont très précis dans leur demande, de même qu’avec l’école et les enseignants. Ils s’occupent de tous les aspects de la communication orale et écrite, du développement de la parole et du langage tant en compréhension qu’en expression et se tiennent disponibles pour répondre aux besoins des enfants en lien avec leurs acquisitions scolaires.

Le rôle principal du codeur-interprète LPC, qui aura sa place auprès de l’enfant sourd en classe, sera de permettre que le message passe et, de ce fait, il va être très attentif aux différents partenaires engagés dans la communication (enfant sourd, autres élèves, enseignant). Il lui est demandé, à la différence des interprètes en langue des signes, de tenir compte de la dimension relationnelle et il est appelé à interagir avec l’enfant, à l’accompagner dans ses apprentissages, à faire avec lui (et certainement pas à sa place!) avec pour objectif principal de toujours favoriser la communication directe quand cela est possible et d’œuvrer pour que le message soit transmis et compris. Son interprétation est unilatérale; on entend par là qu’il redonne à l’enfant les messages mais que l’enfant s’exprime lui-même quand il veut s’adresser à ses camarades ou à l’enseignant.

Le codeur-interprète LPC n’est présent qu’un certain nombre d’heures par semaine, dans le but de favoriser le développement de l’autonomie de l’enfant.


La place du Service d’Aide à l’Intégration (SAI)

En 1994, deux nouveaux services sont officiellement reconnus par l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) :

Le Service Educatif Romand, animé par un parent et directeur d’école, par un logopédiste ainsi que par un autre parent.

Ce service va rapidement devenir le Service d’Aide à l’Intégration (SAI), avec pour mission d’informer, de conseiller, de participer à des réunions et d’évaluer, pour l’assurance invalidité (AI), les besoins en codage-interprétation LPC.

La Centrale des Codeurs-Interprètes en LPC (CCI) qui met en relation les bénéficiaires (enfants et parents) avec un codeur-interprète LPC, écoute les uns et les autres pour permettre l’aiguillage le meilleur possible ou les changements nécessaires dans les meilleures conditions.

En 2000, la Fondation A Capella est créée et a pour but de favoriser l’intégration sociale, scolaire et professionnelle des jeunes sourds et malentendants avec l’aide du LPC.

En 2003, la Fondation A Capella prend la gestion des deux services: la CCI ainsi que le SAI. Depuis 2006, le SAI vise à intensifier les contacts des réseaux et répondre aux demandes qui ne cessent d’augmenter. Il travaille avec les divers membres du réseau ainsi que les principaux partenaires et les bénéficiaires (parents, jeunes, jeunes adultes) afin de les aider à trouver un équilibre entre le soutien nécessaire par le LPC pour un accès à la communication orale, la nécessité pour l’enfant de développer ses relations sociales et l’indispensable mouvement d’autonomie auquel tout ce projet participe. Le SAI est un partenaire à part entière dans les projets et accompagnements d’intégration dans les sept cantons romands: VD, GE, VS, FR, NE, JU et BE francophone.


La mission de ce service est :

aider les parents et l’équipe encadrant l’enfant à établir un projet éducatif et renseigner sur les démarches à entreprendre;

prendre part aux réunions de réseaux et évaluer la nécessité et la forme de l’intervention du codeur-interprète LPC et déterminer avec les partenaires le nombre d’heures de code ainsi que leur répartition;

informer et sensibiliser les intervenants sur les conséquences de la surdité, sur les objectifs de l’intervention du codeur-interprète LPC et sur les possibilités d’aides à l’intégration;

collaborer avec les instances officielles dans le but de rendre plus cohérent et plus efficace chaque projet d’intégration;

et assurer sa présence et son soutien dans les multiples situations qui peuvent se présenter au cours de l’intégration d’un enfant ou d’un jeune sourd. Ce rôle nous tient particulièrement à cœur.

le langage LPC

Le langage LPC

Le LPC, pour qui ?

Le LPC est efficace avec tous les types de surdité ainsi qu’avec l’implant cochléaire. Son utilisation pratique sera cependant déterminée par la situation :

Surdité profonde + appareillage traditionnel: le LPC est un mode de communication et un moyen d’accès à la langue orale et par conséquent aux apprentissages scolaires.

Surdité acquise: le LPC permet le maintien de la langue orale dans toute sa richesse et sa complexité. Il garantit une réception à 100 % du message sur un langage oral déjà développé et construit.

Surdité sévère: le LPC est moins utilisé dans la communication spontanée mais demeure un outil indispensable pour la compréhension du message dans sa totalité. En classe, l’enfant peut percevoir ce qu’il ne peut entendre. L’appareillage et la lecture labiale n’offrent pas une réception à 100 % et le LPC permet de combler les lacunes. L’enfant doit alors moins se concentrer pour percevoir ce qui est dit en faisant de la suppléance mentale et peut, tout comme ses camarades, se centrer sur le contenu du message. En ce sens, le LPC devient un outil pédagogique fondamental.

Implant cochléaire: l’implant ne restaure pas une audition «normale». On connaît ses limites notamment lors de situations où plusieurs interlocuteurs s’expriment ou lorsqu’il y a un bruit de fond. L’enfant sourd a alors une perception approximative et doit par conséquent faire beaucoup d’efforts de concentration; il se trouve parfois dans l’obligation de deviner ce qu’il a manqué du message.

Plus les degrés scolaires augmentent, plus les cours sont donnés de manière oralisée, notamment avec l’apprentissage des langues étrangères qui nécessitent une bonne perception phonologique; l’enfant sourd n’a alors pas les repères nécessaires dans cette nouvelle langue et ne peut pas se référer à sa connaissance du monde. Le LPC permet à l’enfant de percevoir tous les phonèmes de la langue et de pouvoir ainsi l’assimiler de manière plus aisée, aussi dans sa dimension orale.

Conclusion

Pour terminer, nous aimerions simplement laisser la place au Dr Orin Cornett (1912– 2002), l’inventeur américain du LPC (Cued Speech en anglais): «Mon observation de beaucoup, beaucoup d’enfants qui ont grandi avec le Cued Speech m’a convaincu que son vrai miracle est qu’il permet à l’enfant sourd d’acquérir une maîtrise de sa propre destinée éducative, d’apprendre indépendamment des autres.» (Cornett, 1989).

Nous partageons cette intime conviction que, si l’exposition au langage oral pour un enfant sourd ne pourra jamais être égalée en quantité à celle d’un enfant entendant, il est possible, d’une part, d’en améliorer à chaque fois la qualité (présentation d’un langage riche et diversifié) et, d’autre part, de permettre à l’enfant, avec un niveau linguistique suffisant, de poursuivre par lui-même son développement du langage et de la connaissance.

Références

Boroy, A. (1998). Mes enfants sourds. Langue française et intégration; le pari du langage parlé complété.
Paris: L’Harmattan.
Cornett, O. (1989). Le problème majeur. Bulletin de liaison LPC, 32, 13–14.



EN SAVOIR + :

www.a-capella.ch

Anne-Catherine Dubois : Co-responsables du Service d’Aide à l’Intégration (SAI)

anne-catherine dubois@a-capella.ch

Line Membrez

line.membrez@a-capella.ch

Les sites LPC français



www.alpc.asso.fr

surdite.lsf.free.fr







© Handicap Infos source : Line Membrez et Anne-Catherine Dubois


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