TECHNOLOGIE
Boom de la robotique au Japon
20/11/2007 17:35:32
L

Boom de la robotique au Japon - Le robot Honda
e marché des robots va atteindre 54,5 milliards $ en 2025, dont les 3/4 pour les robots de service.
Le Japon concentre 40% des quelque 923 000 robots industriels de la planète. Rien d’étonnant dès lors à ce que le pays soit considéré comme le royaume des machines. La tendance est à présent aux robots de service destinés à assister une population nippone vieillissante.
Héros de mangas (bandes dessinées) ou de films d’animation, robots industriels ou humanoïdes servant de vitrines technologiques aux grands groupes nationaux: les Japonais affichent pour les robots un véritable engouement.
Actuellement, les regards se tournent vers la robotique de service dans des domaines très variés: sous-marins, médecine, nettoyage, sécurité, pêche, forêts, soins, loisirs et animaux domestiques. Un segment qui, s’il reste marginal, n’en est pas moins promis à un bel avenir.
L’International Robot Exhibition 2007, qui se tiendra en novembre à Tokyo, a d’ailleurs prévu de lui consacrer plus du tiers de son programme.
L’International Federation of Robotics (IFR), basée à Paris, distingue deux types de robots non industriels: ceux à usage professionnel et ceux à usage privé.
Elle estime que 31 600 unités de la première catégorie étaient en service en 2005, dont 18% de robots sous-marins, 17% de robots de nettoyage et 16% de robots de défense/sécurité. Bien plus nombreux, les robots à usage privé sont aussi nettement moins chers.
Sur les 2,9 millions de machines de ce type répertoriées par l’IFR, plus de la moitié (1,8 million) étaient des robots aspirateurs tels que le "Roomba" de la firme américaine iRobot, 1 million des robots de jeux et de loisirs et quelque 79 000 des robots tondeuses à gazon.
l’IFR table sur un doublement du nombre de robots professionnels de service d’ici à 2009 et sur 5,6 millions de robots de service à usage privé en 2008.
Au Japon, c’est dans les loisirs que les robots de service sont les plus nombreux et les plus sophistiqués. En effet, depuis 2000, année où Honda a étonné le monde avec son humanoïde marcheur Asimo, les autres groupes japonais ne sont pas restés les bras croisés.
Mitsubishi a ainsi lancé Wakamaru, un robot domestique jaune citron, Toyota un humanoïde trompettiste et Murata Manufacturing un robot cycliste. A côté de ces réalisations, véritables prouesses technologiques trop chères pour être commercialisées, le Japon développe des machines domestiques plus abordables, à l’image du chien Aibo conçu par Sony et produit de 1999 à 2006.
Sans oublier les humanoïdes: depuis 2004, la société tokyoïte Kondo Kagaku Co. Ltd a vendu, à 795 dollars l’unité, plusieurs milliers de robots marcheurs en kit. Ils sont assemblés et entretenus par leurs propriétaires, qui les inscrivent souvent à des matches de football ou à des combats "Robocon" très courus. Et, dès octobre, le fabricant de jouets Takaratomy espère séduire les passionnés avec son Omnibot 17µ i-SOBOT, qui ne coûte "que" 275 dollars.
Des robots aides-soignants ?
Mais c’est la crise démographique vers laquelle s’achemine le Japon du fait de sa natalité en baisse et de sa longévité record qui pourrait sceller le succès des robots de service. Faute d’immigration massive (que le pays refuse obstinément), une grave pénurie de personnel aide-soignant semble inévitable.
A moins que les robots ne prennent le relais. Takanori Shibata, chercheur au National Institute of Advanced Industrial Science and Technology, les classe en deux catégories selon que l’aide fournie est d’ordre physique ou mental.
Sur le plan physique, les robots ont vocation à intervenir dans la toilette ou le transport des personnes âgées, mais leur commercialisation n’est pas pour demain tant les technologies sont encore insuffisantes et les problèmes de sécurité nombreux.
Les machines axées sur les facultés mentales sont plus abouties, à l’image de "Paro", un robot phoque interactif mis au point par Takanori Shibata lui-même et capable de mémoriser son nom et d’adapter son comportement à son environnement. Testé dans des maisons de retraite et des hôpitaux, il a été désigné en 2002 "robot le plus thérapeutique du monde" par le Guinness Book des records.
Selon son concepteur, "le robot fait office d’animal de compagnie et stimule l’esprit des patients". Près de mille exemplaires, d’un coût unitaire de 3 000 dollars, ont été produits depuis 2004. Et les ventes débuteront bientôt dans le monde.
Présents sur quelques marchés limités, les robots de service n’en sont qu’à leurs débuts et devront encore surmonter de nombreux obstacles technologiques avant d’être proposés au grand public.
La Japan Robot Association se félicite ainsi du soutien apporté par le gouvernement à la recherche fondamentale sur la robotique de service, notamment sur les systèmes avancés d’acquisition visuelle, sonore et de déplacement. Sans oublier l’intelligence artificielle.
Pour Shoichi Hamada, "si les robots industriels ont été performants jusqu’ici, c’est parce que leur environnement s’est adapté à eux, alors que les robots de service devront s’adapter à leur environnement". Il faut donc développer des systèmes efficaces partout, y compris dans un bureau ou une maison en constante évolution.
Une opinion partagée par Marc-Antoine Haudenschild: "Les robots sont incapables de transmettre des sensations tactiles ou des émotions lorsqu’ils interagissent avec l’humain. Et s’ils sont d’une précision redoutable pour les tâches répétitives, leur capacité de jugement par rapport aux mouvements à effectuer est limitée."
De l’importance des émotions
La solution réside peut-être dans un type très pointu d’intelligence artificielle, le "kansei" ("émotion"), qui permet de reconnaître et de communiquer des sentiments, ce qui constitue un atout de taille pour les robots de service évoluant au contact des humains.
D’après Shuji Hashimoto, chercheur dans ce domaine et directeur de l’Humanoid Robotics Institute de l’Université de Waseda, "les réactions humaines ne sont pas dictées par la logique mais par les émotions. Les robots doivent s’y adapter".
C’est la voie suivie par les machines "kansei", qui utiliseront bientôt des systèmes de vision pour reconnaître les expressions, les gestes et le langage corporel de l’homme, des capteurs de voix pour repérer les intonations, les mots et les phrases, et des senseurs pour mesurer le rythme cardiaque et la transpiration.
Ainsi, les scientifiques de l’Université Meiji de Tokyo ont déjà créé un robot capable de montrer des "émotions" en réponse à des paroles humaines. Lorsque celui-ci entend un mot, il cherche sur Internet des expressions courantes comprenant ce terme, puis aligne les résultats sur des catégories d’émotions et génère, sur son visage en polyuréthane, une des trente-six expressions qu’il a en mémoire.
Pour Junichi Takeno, professeur au Laboratory of Robot and Science, "la conscience artificielle est nécessaire, car c’est elle qui permettra aux robots de comprendre les autres et d’être conscients d’eux-mêmes". Avec à la clé un aspect plus avenant pour les robots d’assistance.
Il est trop tôt pour dire quand les robots de service prendront leur essor et quel pays en sera l’initiateur. Ce ne sera pas forcément le Japon car, bien qu’à la pointe de la robotique industrielle, le pays est en retard dans les applications de service.
Selon la Japan Robot Association, il n’était compétitif que dans trois domaines en 2000: les robots destinés à l’industrie, au bâtiment et aux loisirs.
La recherche sur les robots médicaux a, il faut le dire, pâti des règles draconiennes interdisant les robots chirurgiens, déjà utilisés aux Etats-Unis.
Dans le domaine spatial, le Japon est à la traîne de la NASA. Et s’engager dans la robotique militaire, qui représente aux Etats-Unis et en Europe une part importante des fonds alloués à la recherche robotique, est exclu pour une nation pacifiste comme le Japon.
Même la robotique de sauvetage est délaissée, dans un pays pourtant frappé par des tremblements de terre.
Shoichi Hamada estime que le gouvernement et les industriels ne financeront pas la recherche si les débouchés ne sont pas sûrs. "Le Japon n’aime pas construire des robots qui ne rapportent rien", admet-il, même si tout est susceptible de changer lorsque la robotique de service deviendra rentable. Et de préciser: "Ce segment est jeune et expérimental mais aussi porteur d’applications très utiles, que ce soit dans le domaine des loisirs, de l’accompagnement, du nettoyage commercial ou des transports."
Pour l’heure, une chose est sûre: le Japon se prépare au boom de la robotique. Grâce à son expertise en matière de robots industriels et d’électronique ainsi qu’à l’amour que voue sa population aux machines, le pays a tous les atouts en main.
Le Livre blanc publié en 2004 par le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie sur l’avenir de l’économie prévoit d’ailleurs que le marché intérieur des robots va atteindre 15,8 milliards de dollars en 2010 et 54,5 milliards en 2025, dont les trois quarts pour les robots de service.
Pour intervenir ici, vous devez d'abord vous identifier, ou vous inscrire (gratuit).
Le Japon concentre 40% des quelque 923 000 robots industriels de la planète. Rien d’étonnant dès lors à ce que le pays soit considéré comme le royaume des machines. La tendance est à présent aux robots de service destinés à assister une population nippone vieillissante.
Héros de mangas (bandes dessinées) ou de films d’animation, robots industriels ou humanoïdes servant de vitrines technologiques aux grands groupes nationaux: les Japonais affichent pour les robots un véritable engouement.
Actuellement, les regards se tournent vers la robotique de service dans des domaines très variés: sous-marins, médecine, nettoyage, sécurité, pêche, forêts, soins, loisirs et animaux domestiques. Un segment qui, s’il reste marginal, n’en est pas moins promis à un bel avenir.
L’International Robot Exhibition 2007, qui se tiendra en novembre à Tokyo, a d’ailleurs prévu de lui consacrer plus du tiers de son programme.
L’International Federation of Robotics (IFR), basée à Paris, distingue deux types de robots non industriels: ceux à usage professionnel et ceux à usage privé.
Elle estime que 31 600 unités de la première catégorie étaient en service en 2005, dont 18% de robots sous-marins, 17% de robots de nettoyage et 16% de robots de défense/sécurité. Bien plus nombreux, les robots à usage privé sont aussi nettement moins chers.
Sur les 2,9 millions de machines de ce type répertoriées par l’IFR, plus de la moitié (1,8 million) étaient des robots aspirateurs tels que le "Roomba" de la firme américaine iRobot, 1 million des robots de jeux et de loisirs et quelque 79 000 des robots tondeuses à gazon.
l’IFR table sur un doublement du nombre de robots professionnels de service d’ici à 2009 et sur 5,6 millions de robots de service à usage privé en 2008.
Au Japon, c’est dans les loisirs que les robots de service sont les plus nombreux et les plus sophistiqués. En effet, depuis 2000, année où Honda a étonné le monde avec son humanoïde marcheur Asimo, les autres groupes japonais ne sont pas restés les bras croisés.
Boom de la robotique au Japon- un robot à l'étude
Sans oublier les humanoïdes: depuis 2004, la société tokyoïte Kondo Kagaku Co. Ltd a vendu, à 795 dollars l’unité, plusieurs milliers de robots marcheurs en kit. Ils sont assemblés et entretenus par leurs propriétaires, qui les inscrivent souvent à des matches de football ou à des combats "Robocon" très courus. Et, dès octobre, le fabricant de jouets Takaratomy espère séduire les passionnés avec son Omnibot 17µ i-SOBOT, qui ne coûte "que" 275 dollars.
Des robots aides-soignants ?
Mais c’est la crise démographique vers laquelle s’achemine le Japon du fait de sa natalité en baisse et de sa longévité record qui pourrait sceller le succès des robots de service. Faute d’immigration massive (que le pays refuse obstinément), une grave pénurie de personnel aide-soignant semble inévitable.
A moins que les robots ne prennent le relais. Takanori Shibata, chercheur au National Institute of Advanced Industrial Science and Technology, les classe en deux catégories selon que l’aide fournie est d’ordre physique ou mental.
Boom de la robotique au Japon- un bras articulé
Les machines axées sur les facultés mentales sont plus abouties, à l’image de "Paro", un robot phoque interactif mis au point par Takanori Shibata lui-même et capable de mémoriser son nom et d’adapter son comportement à son environnement. Testé dans des maisons de retraite et des hôpitaux, il a été désigné en 2002 "robot le plus thérapeutique du monde" par le Guinness Book des records.
Selon son concepteur, "le robot fait office d’animal de compagnie et stimule l’esprit des patients". Près de mille exemplaires, d’un coût unitaire de 3 000 dollars, ont été produits depuis 2004. Et les ventes débuteront bientôt dans le monde.
Présents sur quelques marchés limités, les robots de service n’en sont qu’à leurs débuts et devront encore surmonter de nombreux obstacles technologiques avant d’être proposés au grand public.
La Japan Robot Association se félicite ainsi du soutien apporté par le gouvernement à la recherche fondamentale sur la robotique de service, notamment sur les systèmes avancés d’acquisition visuelle, sonore et de déplacement. Sans oublier l’intelligence artificielle.
Pour Shoichi Hamada, "si les robots industriels ont été performants jusqu’ici, c’est parce que leur environnement s’est adapté à eux, alors que les robots de service devront s’adapter à leur environnement". Il faut donc développer des systèmes efficaces partout, y compris dans un bureau ou une maison en constante évolution.
Une opinion partagée par Marc-Antoine Haudenschild: "Les robots sont incapables de transmettre des sensations tactiles ou des émotions lorsqu’ils interagissent avec l’humain. Et s’ils sont d’une précision redoutable pour les tâches répétitives, leur capacité de jugement par rapport aux mouvements à effectuer est limitée."
De l’importance des émotions
La solution réside peut-être dans un type très pointu d’intelligence artificielle, le "kansei" ("émotion"), qui permet de reconnaître et de communiquer des sentiments, ce qui constitue un atout de taille pour les robots de service évoluant au contact des humains.
Boom de la robotique au Japon- gros plan sur un visage de robot
C’est la voie suivie par les machines "kansei", qui utiliseront bientôt des systèmes de vision pour reconnaître les expressions, les gestes et le langage corporel de l’homme, des capteurs de voix pour repérer les intonations, les mots et les phrases, et des senseurs pour mesurer le rythme cardiaque et la transpiration.
Ainsi, les scientifiques de l’Université Meiji de Tokyo ont déjà créé un robot capable de montrer des "émotions" en réponse à des paroles humaines. Lorsque celui-ci entend un mot, il cherche sur Internet des expressions courantes comprenant ce terme, puis aligne les résultats sur des catégories d’émotions et génère, sur son visage en polyuréthane, une des trente-six expressions qu’il a en mémoire.
Pour Junichi Takeno, professeur au Laboratory of Robot and Science, "la conscience artificielle est nécessaire, car c’est elle qui permettra aux robots de comprendre les autres et d’être conscients d’eux-mêmes". Avec à la clé un aspect plus avenant pour les robots d’assistance.
Il est trop tôt pour dire quand les robots de service prendront leur essor et quel pays en sera l’initiateur. Ce ne sera pas forcément le Japon car, bien qu’à la pointe de la robotique industrielle, le pays est en retard dans les applications de service.
Selon la Japan Robot Association, il n’était compétitif que dans trois domaines en 2000: les robots destinés à l’industrie, au bâtiment et aux loisirs.
La recherche sur les robots médicaux a, il faut le dire, pâti des règles draconiennes interdisant les robots chirurgiens, déjà utilisés aux Etats-Unis.
Dans le domaine spatial, le Japon est à la traîne de la NASA. Et s’engager dans la robotique militaire, qui représente aux Etats-Unis et en Europe une part importante des fonds alloués à la recherche robotique, est exclu pour une nation pacifiste comme le Japon.
Même la robotique de sauvetage est délaissée, dans un pays pourtant frappé par des tremblements de terre.
Shoichi Hamada estime que le gouvernement et les industriels ne financeront pas la recherche si les débouchés ne sont pas sûrs. "Le Japon n’aime pas construire des robots qui ne rapportent rien", admet-il, même si tout est susceptible de changer lorsque la robotique de service deviendra rentable. Et de préciser: "Ce segment est jeune et expérimental mais aussi porteur d’applications très utiles, que ce soit dans le domaine des loisirs, de l’accompagnement, du nettoyage commercial ou des transports."
Pour l’heure, une chose est sûre: le Japon se prépare au boom de la robotique. Grâce à son expertise en matière de robots industriels et d’électronique ainsi qu’à l’amour que voue sa population aux machines, le pays a tous les atouts en main.
Le Livre blanc publié en 2004 par le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie sur l’avenir de l’économie prévoit d’ailleurs que le marché intérieur des robots va atteindre 15,8 milliards de dollars en 2010 et 54,5 milliards en 2025, dont les trois quarts pour les robots de service.
Nathalie Georges pour Handicap Infos - Source : Crédit Suisse- Tony McNicol
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