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INTERVIEW
L'art de la pensée négative, un film de Bård Breien - sortie le 26 novembre 2008
02/09/2008 17:11:19

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l´art de la pensée négative, un film de Bård Breien - sortie le 26 novembre 2008.

l'art de la pensée négative, un film de Bård Breien - sortie le 26 novembre 2008.

eirr est trentenaire et handicapé à la suite d’un accident...

Comment avez-vous découvert la thérapie de la pensée positive ? Qu’en pensez-vous et pourquoi avoir voulu en prendre le contre-pied ?

On m’avait parlé de la méthode de la pensée positive, une nouvelle thérapie directement importée des États-Unis, et qui est encore très populaire en Norvège. Elle est utilisée pour les gens démunis dont les soins sont pris en charge par l’État. J’ai découvert que c’était un concept qui s’orientait davantage vers la solution et l’évitement du problème. Par exemple, plutôt que de se demander pourquoi nous sommes tristes, il valait mieux penser à ce qui pourrait nous rendre heureux. J’ai assisté à quelques cours et m’y suis intéressé avec sérieux. Là, j’ai pu réaliser à quel point ce programme était stupide et bien sûr tout à fait superficiel. J’ai aimé l’idée de faire exploser le concept dès que j’ai su qu’il était utilisé par de nombreux travailleurs sociaux en Norvège. Je trouvais que cette situation - cet homme qui est envahi par un groupe de thérapie dont les membres ont encore plus de problèmes que lui mais qui tiennent absolument à lui apprendre comment être heureux - était une bonne métaphore d’un phénomène auquel beaucoup de gens sont confrontés, celui d’être à tout prix quelqu’un de positif.

Montrer l’homme sous toutes ses coutures, y compris les plus sombres, est-ce cela l’art de la pensée négative ?

Je voulais exprimer une situation assez simple : celle où la rage et l’amertume se révèlent libératrices. Lorsque Geirr prend le contrôle de la situation et encourage chacun des personnages à lâcher prise, à se défaire de leurs bonnes manières rassurantes, les vérités inconfortables peuvent enfin accoucher et les sentiments refoulés éclore. L’art de la pensée négative n’est pas seulement la face sombre de l’individu, les sentiments négatifs qui le submergent quand il doit affronter un drame. C’est un besoin de destruction, où l’on ressent le besoin de plonger en soi aussi loin que l’on peut, là où c’est sale ; et ensuite de creuser dans toute cette merde interne. C’est aussi une thérapie qui plutôt que de refouler les sentiments désagréables cherche leur signification pour mieux les comprendre : quand on a pris conscience de quelque chose, on en a moins peur. Il faut souffrir pour guérir.

Image du film l

Image du film l'art de la pensée négative

Pourquoi avez-vous choisi le monde du handicap comme cadre à cette thérapie ? Et pensez-vous que les personnes handicapées se sentiront concernées par le film ?

La condition handicapée ne m’intéressait pas directement. Je voulais parler d’une situation terrible, inexorable. Tout le monde s’accorde sur le fait que devenir handicapé est une chose terrible. Comment gérer une situation douloureuse, résoudre les difficultés qui se posent face à une tragédie ? C’était cela qui m’intéressait, plus que le handicap en lui-même. Mais j’ai traité cette question sous un angle précis : celui de l’individu qui ne gère pas, qui ne sait pas comment faire face à une telle épreuve. Cependant, j’ai veillé à être au plus juste des sentiments que les personnes handicapées pouvaient éprouver. J’ai demandé aux comédiens de faire des recherches sur le handicap pour que leur jeu d’acteurs soit le plus juste possible. Je ne sais pas si les personnes handicapées se sentiront concernées par le film, mais plusieurs personnes invalides ont vu le film lors de la première projection et je crois qu’elles se sont senties respectées car j’ai traité les personnages handicapés comme n’importe quel autre individu. Elles m’ont dit en effet qu’elles étaient habituées à ce que tout le monde soit très gentil avec elles car elles étaient sur une chaise roulante. Je pense qu’elles ont donc également apprécié l’humour noir et le ton décalé avec lequel j’aborde leur condition et les sentiments qu’elles peuvent ressentir.

Comment s’est passée l’écriture du scénario ?

L’histoire a peu à peu germé. Au départ, j’avais envie de mettre en scène un paradoxe : l’art de la pensée négative au service de l’efficace. Comme un exutoire, s’abandonner à son côté sombre peut se révéler très positif. Au fil des mois, le scénario s’est précisé. J’ai commencé par écrire un synopsis court avec les descriptions de mes personnages en veillant à ne pas tomber dans trop de bavardages. À partir de là, tout est allé vite. J’y ai passé quand même près de deux ans. Au moment du tournage, le scénario a très peu évolué : j’avais passé du temps à construire la psychologie de mes personnages et nous nous y sommes tenus de près avec les comédiens. Je voulais une histoire menée par l’action très rapide, comme une course folle. Ça a été un travail très dur qui m’a rendu parfois aussi malheureux que mes personnages.

Image du film l

Image du film l'art de la pensée négative

Comment avez-vous choisi les comédiens ? La plupart d’entre eux ont suivi une formation théâtrale, où le travail de l’improvisation est important. Quelle place lui avez-vous laissée dans votre mise en scène ?

Le casting a été très long. J’ai choisi Fridtjov Såheim et Marian Saastad Ottesen, Geirr et Marta dans le film, parce que je connaissais leur travail. Pour les autres comédiens, je les ai choisis suite aux nombreux essais qu’ils ont effectués. Je voulais vraiment que physiquement ils soient tous au plus proche de ce que j’avais en tête. Ils devaient être capables de ressentir instinctivement les sentiments de leur personnage. Nous n’avons eu que 20 jours de tournage : je n’avais pas le droit à l’erreur et il nous fallait travailler vite et bien. L’improvisation me paraissait en effet être une force. Tous ou presque y étaient habitués : ils ont ainsi pu s’imprégner de l’esprit des personnages et comprendre le ton que je voulais donner au film. Mais durant les prises, je demandais qu’ils respectent leurs textes, qu’ils collent au scénario sans laisser place à aucune improvisation. Je l’avais totalement interdit.


Comment les comédiens ont-ils réagi face à l’évolution de leur personnage ? Tous en effet passent un cap, à l’exception de Gard, qui reste le même du début à la fin du film.

Je pense qu’au départ certains comédiens ont eu du mal à s’accaparer leur rôle, à voir jusqu’où ils pouvaient les entraîner. Mais tous ont finalement adhéré à l’évolution psychologique vers laquelle le groupe devait s’acheminer. J’ai eu la chance de travailler avec des acteurs très expérimentés. C’était essentiel car il s’agit vraiment d’un film d’acteurs. Tout repose sur les personnages.

Votre film se présente comme un huis clos où la plupart des scènes sont tournées dans une même pièce, avec très peu d’ouverture sur l’extérieur. Pourquoi ?

Tout d’abord pour des raisons financières. Le film a un tout petit budget et tourner dans un endroit unique permet d’économiser du temps et de l’argent. Mais je savais aussi que concentrer l’action dans un seul endroit faciliterait la montée de la tension. Je voulais éviter la sensation d’immobilité en faisant en sorte que l’action se déroule sur une période très courte.

Dans l’univers du film, il y a d’abord la musique de Johnny Cash, très présente, puis des références cinématographiques avec notamment VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces choix ?

Je tenais absolument à ce que Geirr ait un héros, pour contraster avec le fait qu’il méprise tout et tout le monde. D’après moi, la seule personne qui pouvait trouver grâce à ses yeux ne devait être que ce bon vieux Johnny Cash. En effet, ses chansons racontent souvent des souffrances vécues. Geirr à l’intérieur de son petit univers confiné considère Johnny comme un dieu. Ça correspond parfaitement au ton du film que je voulais à la fois sincère et drôle. Je voulais utiliser un extrait de VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER pour introduire la scène de fin, où ils jouent tous à la roulette russe. Mais après le tournage Michael Cimino a changé d’avis et n’a pas voulu nous céder les droits de l’extrait, c’est ainsi qu’on a dû incruster en post-production l’affiche du film. Pour le début du film j’ai choisi un extrait d’APOCALYPSE NOW de Francis Ford Coppola pour montrer l’intérêt de Geirr pour les films sur la guerre du Vietnam. Il est dans un trip d’identification avec les vétérans du Vietnam qu’il a vus au cinéma dans sa jeunesse : comme John Savage dans son fauteuil roulant dans VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER ou encore Tom Cruise dans NÉ UN 4 JUILLET de Oliver Stone. C’est comme si son identité lui avait été arrachée après son accident. Il ne sait plus à quoi se raccrocher : en se projetant dans le passé il essaye de la retrouver. Ses seuls réconforts sont ses vieux disques, ses santiags et ses vieux films de guerre. Je voulais que ces références préservent l’équilibre tragi-comique du film.

Pourquoi vouliez-vous raconter cette histoire-là ?

Probablement, parce que je voulais me sentir mieux, me décharger d’une part de frustration et de colère. Je voulais peut-être chasser en moi cette petite personne négative et haineuse. Je souhaite aussi que les gens se sentent mieux, qu’ils acceptent leurs propres défauts au lieu de les dissimuler et de les dramatiser. C’est normal d’être paumé et de ne pas devenir cet être humain parfait auquel tout le monde actuellement s’évertue à ressembler. Ça me fatigue de voir se répandre ce concept américanisé de vie parfaite. Tout ça est ridicule, il faut mieux assumer ce qu’on est et se payer quelques bons délires.



EN SAVOIR + :

Sortie le 26 novembre 2008 - Durée : 1h19

Synopsis :
Geirr est trentenaire et handicapé à la suite d’un accident. Sa femme est sur le point de le quitter, cédant devant son mauvais esprit et sa misanthropie galopante. En désespoir de cause et pour lui donner une dernière chance, elle convie chez lui un groupe d’handicapés chaperonnés par une coach pleine de foi en sa méthode positive. Il les accueille à sa manière en leur vidant un extincteur dessus. Dès lors, son entreprise de démoralisation commence. Tous les repères vont exploser, les handicapés vont prendre le contrôle et exclure les valides et leur bonne conscience, se perdant dans une nuit d’ivresse aux vertus inattendues.

Bio du réalisateur BÅRD BREIEN :
Bård Breien a d’abord étudié la philosophie et la littérature à l’université d’Oslo avant d’entreprendre des études de cinéma à l’université de Copenhague. Il a écrit plusieurs courts métrages éducatifs, dont «Que sera sera» qui remporte le prix Jameson au Festival du Court Métrage de Grimstad en 2002. En 2003, il fait ses débuts dans la réalisation avec FRANCK’S PROLAPSE. L’ART DE LA PENSÉE NÉGATIVE est son premier long métrage en tant que scénariste et réalisateur.

Note d'intention du réalisateur BÅRD BREIEN :
Avec L’ART DE LA PENSÉE NÉGATIVE, je voulais faire un film drôle à propos de quelque chose de très sérieux, où l’on essaie de comprendre la manière dont nous abordons des questions difficiles : les sentiments que nous devrions gérer et les actes que nous pourrions commettre face à un drame. Dans le même temps, je voulais mettre à l’épreuve le concept de «positivité» comme voie unique de bonheur. Une volonté que j’incarne à travers le personnage de Geirr, un homme très amer et négatif, d’abord envahi par un groupe de la pensée positive, censé lui apprendre à être à nouveau heureux. J’ai vu dans la façon dont Geirr prend le contrôle du groupe jusqu’à le pousser dans un sombre tunnel de désespoir et de démoralisation, le potentiel d’une comédie superbe. Même si mon film est une histoire dure, je n’ai cessé de le regarder comme une comédie.

Notre avis :
L’art de la pensée négative est un film qui nous fait réfléchir et qui bouscule les idées reçues. Le réalisateur norvégien BÅRD BREIEN, nous invite au sein d’un huit clos improbable où un groupe d’hommes et de femmes handicapés chaperonnés par une thérapeute motivée et sure de sa méthode rencontre l’irascible Geirr, un trentenaire handicapé à la suite d’un accident.

On découvre alors deux mondes qui s’affrontent, celui de la pensée positive incarné par la thérapeute du groupe contre celui de la pensée négative du sulfureux et amer Geirr, l’homme aux santiags, le fumeur de joint, le buveur d’alcool, le fan de Johnny Cash et des films de guerre du Vietnam.

Le décor est planté, en toile de fond le handicap, un sujet difficile et douloureux et des personnages atypiques qui dans cette confrontation cherchent à retrouver un nouveau souffle.

L’humour noir et le ton décalé du film permettent de faire exploser le concept de vie parfaite. Les personnages handicapés du film sont confrontés à la quête du bonheur, être à tout prix quelqu’un de positif pour faire bonne figure …

Fort heureusement, l’art de la pensée négative dévaste l’idée du « positif à tout prix » et agit dans les esprits des personnages comme une onde salvatrice...

Un premier film bien ficelé, des acteurs talentueux avec une mention spéciale au personnage de Geirr, interprété par Fridtjov SÅHEIM. On ressort du film interpellé. On s’attache aux personnages et on se laisse emporter par l’histoire.

LK - Handicap Infos

Sites Internet :

www.littlestonedistribution.com

www.lartdelapenseenegative-lefilm.com







L.Krygier pour Handicap Infos - source : little stone distribution




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